La colline Saint-Nicaise

Une colline verte entre architecture fonctionnelle et démonstrative.
Clos de la maison Pommery avec en arrière-plan des bâtiments du domaine Pommery reconnaissables à l’utilisation de la couleur gris-bleue. ©Michel Jolyot – Association Paysages du Champagne

En surface, en connexion avec les crayères et les galeries filantes, se développent de véritables châteaux industriels. En effet, les négociants en Champagne perçoivent très vite l’importance de la qualité formelle de leurs édifices, partie prenante du prestige de leur marque.

Sur les six maisons de Champagne appartenant au bien, on distingue trois grands modèles. Les ensembles les plus anciens sont Ruinart et Martel avec des bâtiments du XVIIIe siècle remaniés au XXe siècle. Les maisons Veuve Clicquot Ponsardin, Taittinger et Charles Heidsieck ont été en partie reconstruites dans les années 20. Ces architectures aux lignes sobres, fonctionnelles font un grand usage du béton armé.

La maison Pommery se situe à part. Jeanne Alexandrine Louise Pommery a poussé au paroxysme le mariage entre architecture industrielle et ostentatoire. Entre 1870 et 1878, elle confie à Alphonse Gosset et Charles Gozier le soin de lui élever un véritable domaine. Les architectes optent pour un plan ouvert en H, organisation en opposition avec l’architecture traditionnelle des maisons de Champagne, repliées sur elles-mêmes, selon le principe des hôtels particuliers. En hommage à la clientèle britannique, le style adopté est d’inspiration victorienne. La veuve Pommery n’hésite pas à céder une partie de ses terres pour accueillir la route d’Angleterre afin que les voyageurs traversent sa propriété. Deux résidences de prestige, érigées au début du XXe siècle, complètent l’ensemble : le château des crayères, de style classique, aujourd’hui Les Crayères, hôtel-restaurant, et la villa Cochet dite Demoiselle, rare exemple Art Nouveau à Reims.

Outre le bâti dédié à la production de Champagne, la colline présente une surface importante de parcs, jardins et …vignes. À l’installation des négociants, la colline est en prise directe avec la campagne. Les clos urbains (70 ha de vignes en tout) sont destinés à une production limitée et prestigieuse tout en remplissant une fonction symbolique : lien entre production et négoce, entre ville et campagne.

Les parcs et jardins renforcent le caractère vert de la colline. À l’exception du Parc Pommery, actuel Parc de Champagne, ces espaces verts sont privatifs et préservent les maisons de Champagne de l’urbanisation alentour. Ces poumons verts situés au-dessus des crayères préservent la stabilité des sous-sols creusés et participent à la ventillation des crayères.

Axonométrie de la maison Ruinart. En sous-sol on distingue les crayères des galeries filantes avec en surface, des bâtiments sur le modèle d’un quartier de cavalerie. ©Association Paysages du Champagne