(7) Les services de santé rémois (août - décembre 1914)

Reims dans la guerre en 1914

A la veille du conflit, 79 médecins libéraux exercent officiellement leurs activités à Reims et la ville compte plusieurs établissements regroupant au total 2 500 lits et 300 employés :

          - l’hôpital civil (600 lits) situé dans les bâtiments de l’abbaye de - Saint-Remi, 53 rue Simon
          - l’hôpital mixte militaire (200 lits), rue Haute saint-André
          - la maison de retraite (400 lits), 26 rue Simon
          - deux hospices pour vieillards, l’hospice général, place Museux, et l’hospice Roederer-Boisseau,
            rue de Courlancy (850 lits pour l’ensemble).
          - l’hospice d’incurables Noël-Caqué, rue Chanzy (300 lits) auquel s’ajoute une annexe pour les
            enfants, rue de Sébastopol (100 lits).
          - la maison de convalescence (100 lits), place Marguerite Rousselet (Sébastopol)

L’ensemble dépend de la Commission administrative des hospices civils, présidée par le maire, Jean-Baptiste Langlet, lui-même médecin, mais dont le véritable animateur est son vice-président, Jules Guichard.

Avec le début du conflit, environ les deux tiers des médecins rémois sont mobilisés et un certain nombre de lits, tant à l’hôpital civil qu’à la maison de convalescence, sont mis à la disposition du service de santé militaire. En même temps, après entente avec les sociétés de la Croix-Rouge, est ouverte, dans les locaux de l’hôpital civil et sous la direction de Mlle Luigi, une formation de 58 infirmières bénévoles. Dans la seconde moitié du mois d’août 1914 affluent à Reims ceux qui fuient l’avance allemande. Le 20 août, ce sont les évacués de Verdun et d’Affleville (Meurthe-et-Moselle) dont les blessés sont soignés dans les hôpitaux rémois. Le 29 août, 107 vieillards et enfants évacués de l’hospice de Rethel sont répartis entre l’hôpital civil, l’hospice Noël-Caqué et la maison de convalescence.

Début septembre, les évènements se précipitent. Le 2, devant l’arrivée imminente des Allemands, commence à partir de 4 heures du matin l’évacuation des blessés militaires qui sont transportables. Le 3, à 3 heures du matin, le Corps de santé militaire, sur le point de quitter Reims, fait transporter à l’hôpital civil les militaires trop blessés ou trop malades pour être évacués. Devant leur nombre, Jules Guichard décide d’en faire installer certains à l’hôpital complémentaire organisé dans l’école professionnelle Belle-Tour. Le 4 septembre les troupes allemandes occupent Reims et lors du bombardement « par erreur » qui a lieu dans la matinée plusieurs obus tombent sur l’hôpital civil et la maison de retraite. Si les dégâts matériels sont peu importants à l’hôpital civil, ce dernier reçoit une cinquantaine de civils blessés dont beaucoup décèdent malgré les efforts des deux chirurgiens, le docteur Harmant (il a alors 83 ans) et le docteur Lardenois. Le 5 septembre, une conférence a lieu à l’hôtel du Lion d’Or. Présidée par le prince Auguste-Wilhelm, 4ème fils du Kaiser, elle porte sur l’accueil des blessés allemands.

Quelques jours plus tard, la bataille de la Marne entraîne un afflux important de ces derniers à Reims. L’hôpital civil devient un « hôpital principal d’évacuation pour Allemands ». Le 9 septembre 800 blessés sont accueillis et plusieurs centaines encore les jours suivants. Pour faire face, le lycée de jeunes filles de l’avenue Cérès fonctionne comme hôpital complémentaire.

Mais le 12 septembre les troupes allemandes commencent à évacuer Reims, n’y laissant que leurs blessés intransportables (le 16 septembre ils seront regroupés dans la nef de la cathédrale et subiront, le 19, le bombardement de leurs compatriotes).  Le 13 septembre au matin les troupes françaises réoccupent la ville mais ne peuvent poursuivre au-delà. Reims devient une ville de front et ses hôpitaux continuent d’accueillir les blessés, tant militaires que civils. Les établissements sont eux-mêmes fréquemment victimes des obus allemands.  Du 15 au 19 septembre, l’hôpital militaire, la maison de convalescence, l’annexe pour enfants de Noël-Caqué sont sous les obus ; malades et personnel se réfugient dans les caves Mumm. Le 17, l’hôpital civil est atteint (un garçon de salle, Marcel Pousseur, est tué). Le 18, les malades de l’hôpital civil sont évacués sur l’hospice Roederer-Boisseau qui accueille aussi les religieuses de l’Enfant-Jésus dont l’établissement a été atteint par un obus qui a tué 5 religieuses. Le 24 septembre un obus tue 5 malades de l’hôpital civil. Le 26 novembre, un obus, tombé sur l’hospice Noël-Caqué, fait 22 morts.

Devant cette situation, les blessés sont évacués dans des quartiers de Reims moins exposés. Beaucoup sont emmenés à l’arrière. Ces évacuations hors de Reims concernent aussi d’autres populations fragiles. En décembre 1914, les pensionnaires de la maison de retraite sont évacués ainsi que 73 enfants de l’annexe Noël-Caqué qui trouvent refuge à Redon, en Ille-et-Vilaine. Le 24 du même mois,  243 enfants des hospices s’embarquent pour Lyon avec leurs 13 surveillantes. Au total, fin décembre 1914, 424 enfants et 387 adultes ont pu être éloignés de la zone dangereuse.

01 LA BOULANGERIE DE L'HOPITAL CIVIL EN 1914
02 LA CLINIQUE CHIRURGICALE DE L'HOPITAL CIVIL
03 MAISON DE RETRAITE RUE SIMON
04 MAISON DE RETRAITE RUE SIMON
05 MAISON DE RETRAITE RUE SIMON
06 HOSPICE NOEL-CAQUE
07 HOSPICE NOEL-CAQUE 22 MORTS
08 ANNEXE NOEL-CAQUE
09 ANNEXE NOEL-CAQUE
10 MAISON DE CONVALESCENCE
11 MAISON DE CONVALESCENCE
12 LE MAIRE DE LYON PRET A ACCUEILLIR LES ORPHELINS
13 DEPART POUR LYON DES ENFANTS DES HOSPICES NOEL-CAQUE ET GENERAL 4e ENVOI le 25 MARS 1915