(26) La situation militaire en 1918

Reims dans la guerre en 1918

Au début de 1918 la sortie de la Russie du conflit permet à l’Allemagne de concentrer toutes ses forces sur le front ouest où le commandement allemand décide d’obtenir la victoire en profitant de sa supériorité numérique momentanée.

Le général Ludendorff lance sa première attaque contre les Britanniques le 21 mars 1918. Sur un front de 80 kilomètres, entre Bapaume et Saint-Quentin, 63 divisions allemandes enfoncent 30 divisions britanniques et créent une poche dans le dispositif allié. Amiens est menacé. Face au péril, les Alliés se résolvent enfin à mettre en place un commandement unique. Le 26 mars 1918, à la conférence de Doullens, le général Foch est chargé de coordonner l’activité militaire sur le front occidental et le 14 avril il est nommé Commandant en chef des armées alliées. Le nouveau commandant en chef réussit à contenir cette première offensive allemande qui s’arrête le 4 avril 1918.

Située plus au Nord, cette première offensive allemande ne change rien à la situation de Reims où, depuis la fin du mois de septembre 1914, le front s’est stabilisé aux portes de la ville. En revanche  les deux offensives qui suivent vont concerner Reims au premier chef. Ce que l’on appellera « la bataille de Reims » connaît deux phases, liées à deux offensives allemandes successives.

Le 27 mai 1918, 30 divisions allemandes attaquent entre Soissons et Reims. Elles bousculent la VIe armée dont le chef, le général Duchêne, est totalement surpris par cette offensive. En outre il n’a pas suivi les directives du commandement lui demandant de renforcer ses secondes lignes ce qui aggrave encore le recul français.  Le général Duchêne est d’ailleurs relevé de son commandement le 10 juin. Reims se voit dorénavant menacée sur trois côtés, au Nord-Est, au Nord et à l’Ouest. Le saillant que forment désormais la ville et la montagne de Reims constitue un verrou que les Allemands entendent bien faire tomber.

Le sort de la zone de Reims est à ce moment entre les mains de ses défenseurs. De part et d’autre de la ville, on trouve le 1er corps d’armée colonial du général Mazillier avec ses deux divisions d’infanterie coloniale, la 2e qui regroupe les 22e, 24e et 43e régiments d’infanterie coloniale et la 3e qui regroupe les 7e, 21e et 22e régiments d’infanterie coloniale, renforcées par 6 bataillons de tirailleurs sénégalais (qui ne sont pas, contrairement à ce qu’indique l’appellation, recrutés dans le seul Sénégal mais dans l’ensemble de l’Afrique noire française). Au nord, on a la 45e division d’infanterie du général Naulin et des éléments du 9e corps d’armée britannique du général Cordon. Reims elle-même est tenue par la 134e division du général Petit, composée du 63e régiment d’infanterie de Limoges, du 65e régiment d’infanterie de Nantes et du 100e régiment d’infanterie de Tulle. Enfin, le 2e corps d’armée italien défend le Tardenois.

L’offensive allemande met une pression considérable sur le front de Reims. Le général Micheler, chef de la Ve armée, en charge de la défense de Reims souhaite défendre en priorité la montagne de Reims et la plaine, quitte à évacuer la ville de Reims. Se conformant à cette manière de voir, le général Mazillier donne le 30 mai l’ordre d’évacuer Reims mais le général Petit lui désobéit jugeant que la situation sur le terrain est loin d’être désespérée. De fait, si le 1er juin 1918, les Allemands occupent Gueux, Tinqueux, Saint-Brice-Courcelles, la ferme Pierquin, le Moulin de la Housse, leurs attaques se brisent sur le fort de la Pompelle. Le 1er juin, huit bataillons allemands et 15 chars (pour la plupart des chars britanniques récupérés) se lancent à l’assaut mais la garnison résiste. Le 2 juin, des contre-attaques menées par le 21e régiment d’infanterie coloniale dégagent la Pompelle. Une autre attaque sur le fort, le 6 juin, est encore stoppée. Le verrou de Reims tient bon et si l’avancée allemande est spectaculaire, elle ne réussit pas à percer le front et le 12 juin le général Ludendorff arrête son offensive.

Le 15 juillet, le général Ludendorff joue son va-tout en lançant de part et d’autre de Reims, de Château-Thierry à la Main-de-Massiges, une nouvelle offensive qui vise à s’ouvrir la route de Paris. Mais les Alliés vont briser cet assaut. A l’Est, la IVe armée du général Gouraud met en échec les 1e et 3e armées allemandes. A l’Ouest, la situation est plus délicate avec le repli du 2e corps italien qui fait peser une menace sur Reims. Inquiet, le commandement français autorise le général Mazillier à se replier dans la montagne de Reims. Mais ce dernier juge qu’il a tout à fait les moyens de défendre Reims et qu’il est inutile d’évacuer la ville. Finalement, la résistance des troupes coloniales sauve encore une fois le saillant de Reims et contribue à ce que l’on peut considérer comme une seconde victoire de la Marne.

Foch lance alors la contre-attaque alliée. Le 18 juillet 1918, la Xe armée du général Mangin attaque avec 400 chars et 500 avions dans le Tardenois. Le 19, la IXe armée attaque dans la région de Dormans. Début août les Français atteignent l’Aisne et la Vesle. La pression sur Reims diminue même si la ville est encore exposée.

Le dégagement définitif de Reims commence fin septembre 1918. A l’ouest de la ville la Ve armée du général Guillaumat commence son offensive, suivie le 2 octobre, à l’est, par la IVe armée du général Gouraud. Les Allemands évacuent leurs batteries d’artillerie lourde devant Reims et, dans la nuit du 4 au 5 octobre, les forts de Berru, de Brimont et de Nogent-l’Abbesse tombent aux mains des troupes françaises. Reims est à ce moment totalement dégagée.

 

 

 
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