(32) Premiers retours et déblaiements, le Reims provisoire

Les premiers retours de Rémois dans leur ville commencent au lendemain du dégagement de Reims. Le 7 octobre 1918, le maire, Jean-Baptiste Langlet, ses deux adjoints, Jean de Bruignac et Emile Charbonneaux, ainsi que le commissaire de police Luchesse rentrent à Reims. A partir du 14 octobre 1918 les trains recommencent à circuler entre Epernay et Reims, ce qui facilite les retours. Les autorisations de revenir à Reims sont délivrées par l’autorité militaire, après avis et sous la responsabilité de l’administration municipale. En novembre 1918, 1 500 Rémois  ont obtenu le droit de rentrer. Ils sont 3 000 fin décembre. Les services municipaux reviennent à Reims le 16 décembre et sont hébergés à l’Ecole professionnelle de la rue Libergier ainsi qu’au 20 de la rue des Augustins dans les locaux de l’ancien petit séminaire. Chacun se loge comme il le peut. Jean-Baptiste Langlet, dont la maison de la rue des Capucins est totalement détruite, s’installe dans une chambre de la succursale de la Banque de France mise à sa disposition par son directeur. Le cardinal Luçon, dont l’archevêché a été incendié le 22 mai 1918, s’installe le 31 décembre dans un hôtel particulier rue Vauthier le Noir prêté, après de sommaires réparations, par Mme Pommery. Pour nourrir ces premiers rentrants, quatre cantines populaires sont mises en place : à l’école professionnelle de la rue Libergier, au 20 de la rue des Augustins, à l’école maternelle de la rue Simon (dans le quartier Saint Remi) et au bureau de mesurage, avenue de Laon. Les cantines de la rue Libergier et de l’avenue de Laon distribuent 500 repas, celles de la rue des Augustins et de la rue Simon 600 repas, et cela deux fois par jour. Pour aider matériellement ceux qui rentrent la comtesse Bertrand de Mun fonde le 17 janvier 1919 « l’œuvre du retour à Reims » qui donne ou prête meubles, ustensiles de cuisine, vêtements. La « Goutte de lait » qui existait déjà avant-guerre est réorganisée par Mmes Krug et Goulden. Les premières naissances d’après-guerre sont enregistrées par l’Etat-civil : le 17 février 1919, celle d’Adrienne Lacombley et le 27 mars celle de Gérard-Maurice Gérardin. 

Mais l’impératif des impératifs, c’est le déblaiement des ruines car tant qu’il n’est pas effectué nulle reconstruction ne peut être entreprise. La quantité de décombres à évacuer est énorme puisqu’elle est estimée à 2 500 000 m3 répartis sur 150 hectares. Ce déblaiement n’est pas du ressort de la Ville mais de celle du Ministère des Régions Libérées. Dans les faits, il se révèle extrêmement lent. On manque de moyens de transport et de main d’œuvre, malgré la mise à disposition de prisonniers de guerre allemands mais dont le nombre est très inférieur aux demandes du maire. En mai 1919 rien n’a encore véritablement débuté et les gravats des maisons particulières ne commencent à être enlevés qu’à partir d’avril 1920. Il faudra encore toute l’année 1921 pour que le déblaiement soit achevé.

Dans ces conditions Jean-Baptiste Langlet et son conseil municipal estiment qu’il faut ne faire revenir dans l’immédiat que les personnes utiles pour la reconstruction de la ville. Mais une telle politique se révèle vite impossible à mettre en œuvre et la population s’accroit rapidement. De 8 500 habitants en mars 1919, on passe au recensement du 30 septembre à une population de 45 602 personnes (18 765 hommes, 18 742 femmes et 8 168 enfants de moins de 13 ans). Il faudrait d’ailleurs ajouter à ce chiffre une population « flottante » de 10 à 15 000 Rémois pas encore réinstallés définitivement mais qui viennent plusieurs jours par semaine pour leurs affaires.

Le logement de cette population représente un problème crucial. Un recensement effectué le 31 janvier 1919 indique que sur les 13 806 immeubles et maisons existant en 1914, 8 600, soit 62 % du total, sont détruits. 950 seulement sont intacts. 2 012 peuvent être utilisés relativement rapidement moyennant quelques réparations et 2 244 nécessitent des travaux considérables (la moitié sera finalement détruite pour des raisons de sécurité). Comme les travaux de réparation n’avancent que très lentement on a recours à des baraquements provisoires. Il s’agit de baraques de type « Adrian », utilisées par l’armée pendant la guerre, mais aussi d’installations plus élaborées comme les « Bessonneau » (fabriquées à Angers par la société éponyme) qui sont des maisons de bois à un étage comportant un magasin au rez-de-chaussée et un appartement au-dessus. La mise en place de ces maisons provisoires est au départ relativement lente puis s’accélère par la suite puisque, en septembre 1920, elles abritent environ 20 000 personnes. Les baraquements qui servent de magasins se concentrent faubourg Cérès, place d’Erlon et surtout sur les Promenades (une centaine en 1924). La ville loue ces baraquements pour une somme modique (de 1400 à 2500 francs par an), ce qui est très avantageux pour les commerçants qui en bénéficient et qui amènera par la suite nombre de difficultés lorsqu’on voudra sortir du provisoire.

Avec le retour d’une population non négligeable, il faut aussi se préoccuper de la scolarisation des enfants. La première école primaire à être rouverte, le 10 février 1919, est une école mixte, rue du Ruisselet, qui compte à cette date seulement 13 élèves. L’augmentation du nombre d’élèves suit ensuite le retour progressif de la population. Le 4 novembre 1919 le nombre d’élèves se monte à 5 946, répartis en 10 écoles de garçons, 11 de filles et 6 maternelles.

 

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