(34) La reconstruction de Reims

Au sortir de la Première Guerre mondiale, Reims est une ville dévastée. Sur les 13 800 immeubles d’avant-guerre, 71 % sont totalement détruits ou irréparables. 36 édifices publics sont en ruines et 118 gravement endommagés. En outre, tous les services publics, tramways, réseaux d’électricité et de gaz, égouts, ont été mis hors d’usage par les bombardements. Enfin, 46 établissements industriels sont détruits en totalité et 124 le sont partiellement. Au total, la ville à elle seule concentre plus de 2% du total des destructions subies par la France.

Les modalités financières de la reconstruction sont fixées par plusieurs lois. L’article 12 de la loi du 26 décembre 1914 fixe le principe du droit à réparation, mais il faut attendre la loi du 17 avril 1919 pour que soit mise en place son application. On prévoit une réparation intégrale prenant en compte, par un système de coefficients, la hausse des prix enregistrée depuis 1914. En outre, il est permis aux sinistrés de mettre en commun leurs droits à indemnité ou de les apporter à des sociétés coopératives dont la plus importante sera la Société Générale Coopérative de Reconstruction de Reims avec plus de 3 000 adhérents. Enfin, en ce qui concerne les édifices publics, des règles particulières s’appliquent puisque le dédommagement est équivalent à la somme nécessaire pour avoir un « édifice présentant le même caractère, la même importance, la même destination et offrant la même garantie de durée que l’immeuble détruit ». Pour hâter les opérations, la loi du 31 juillet 1920, complétée par celle du 31 décembre 1920, permet aux communes de contracter des emprunts pour avancer aux groupements de sinistrés des fonds, dans l’attente du paiement définitif des dommages de guerre par l’Etat. En juin 1921, dans ce cadre, la ville de Reims fait au nom des  sinistrés un emprunt de 120 millions de francs à 6% d’intérêt, net d’impôts, sur 30 ans, suivi en 1923 par un autre emprunt de 80 millions cette fois.

Une autre loi, d’une grande importance pour le relèvement de Reims, est  la loi Cornudet du 14 mars 1919 qui impose aux villes de plus de 10 000 habitants l’établissement d’un plan d’aménagement. Après le refus opposé au plan Langlet en 1919, la nouvelle municipalité, dirigée par Charles Roche, fait appel à la « Renaissance des Cités », un bureau d’études fondé en 1916 et consacré aux perspectives de reconstruction des communes détruites par le conflit, qui met à sa disposition George Burdett Ford, un architecte-urbaniste américain qui a fait ses études à Paris. Le projet de Ford, rapidement dressé, est adopté par le conseil municipal dans sa séance du 5 février 1920. Le nouveau plan rompt largement avec ce qui a été fait jusque-là. Le centre est restructuré et devient l’élément clé du développement. Quant à la périphérie, elle se divise clairement en espaces résidentiels et en espaces industriels, séparés les uns des autres par des zones de verdure. Le plan prévoit aussi plusieurs cités-jardins pour le logement ouvrier. Enfin, il envisage un vaste réseau de communication constitué de rocades et de boulevards extérieurs. Le plan Ford est déclaré d’utilité publique par décret du conseil d’Etat du 15 août 1920. Cependant, ses ambitions sont rapidement revues à la baisse, surtout pour des raisons financières, et la municipalité Roche fait élaborer, à partir de 1923, un second plan d’aménagement, plus modeste, sous la direction de Marcel Forestier, directeur des travaux de la ville.

La reconstruction de Reims avance très rapidement entre 1920 et 1925. En 1922 et en 1923 on délivre à Reims plus de permis de construire qu’à Paris. Dans ces années fastes sont employés jusqu’à 24 000 ouvriers, appartenant à 45 nations différentes, les contingents les plus nombreux étant les Belges, suivis des Italiens, des Portugais et des Espagnols. Mais un brutal coup d’arrêt survient en 1925 car l’Etat, pris dans de graves difficultés financières, n’accorde plus ni avances ni garanties d’emprunts. Le financement des opérations de reconstruction devient alors plus délicat et les travaux ne sont payés qu’avec retard. Du coup, beaucoup de constructions ne peuvent être achevées qu’en réduisant les ambitions d’origine ; on supprime ici un étage, là on utilise des matériaux moins coûteux. Fort heureusement, ces difficultés arrivent à un moment où la reconstruction est presque achevée. En effet, en 1926, on dénombre 16 237 maisons et immeubles soit un chiffre supérieur à celui de 1914. En revanche la population n’est pas encore revenue à son niveau d’avant-guerre puisqu’au recensement de 1926, Reims compte 100 928 habitants contre 115 178 en 1911. Il est donc nécessaire d’attirer une population supplémentaire et de lui fournir des emplois.  Pour cela est créé, le 29 septembre 1925, l’Office pour la prospérité de Reims chargé de faire connaître les avantages offerts par la ville reconstruite. Dans cette perspective se tient du 1er juin au 1er juillet 1928 l’Exposition internationale des meilleures marques qui se veut la confirmation éclatante de la résurrection de Reims, dix ans après la fin de la guerre.

La reconstruction de Reims est d’abord marquée par la restauration du patrimoine ancien de la ville, du moins quand il n’a pas été totalement détruit par les bombardements. Le cas le plus emblématique est bien évidemment celui de la cathédrale qui est rendue au culte en juillet 1938. Quant à l’hôtel de ville, incendié le 3 mai 1917, il est reconstruit entre 1923 et 1927. Mais la reconstruction est aussi l’occasion de réalisations nouvelles, comme les Halles installées place du Boulingrin en 1927, ou l’hôpital Maison Blanche construit entre 1926 et 1933. Dans le domaine de l’habitat social, la reconstruction donne à Reims un des exemples les plus aboutis de cité-jardin, celle du Chemin Vert réalisée par le Foyer Rémois. Enfin, deux réalisations sont financées par l’aide américaine : l’Hôpital américain, destiné aux enfants, édifié entre 1922 et 1925 par des dons venant de familles américaines ayant perdu l’un des leurs sur le front ainsi que la Bibliothèque Carnegie, inaugurée en 1928 et entièrement financée par la Dotation Carnegie pour la Paix internationale.

Sur le plan architectural, la reconstruction de Reims ne présente pas de réelle unité. Cela tient tout d’abord à la variété des matériaux utilisés : pierre de taille d’origines diverses, pierre meulière, brique, béton armé. Mais cela est surtout lié au fait qu’une très grande latitude est laissée aux architectes. Il n’existe pas, comme cela se fera pour la reconstruction d’après 1945, d’architecte en chef qui impose une vision d’ensemble. D’où un très grand éclectisme : styles régionaux variés, pastiches historiques allant de la maison médiévale au bâtiment haussmannien en passant par des bâtiments Louis XIII ou rococo, style art déco, mouvement moderne,....

En 1926-1927 la reconstruction est achevée pour l’essentiel et son bilan se révèle largement positif même si le centre-ville a bénéficié d’un traitement de plus grande qualité que les périphéries ouvrières, plus négligées à l’exception de quelques réalisations remarquables comme le Chemin Vert.

 

 

 
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