Reims 1918 • 2018 Paris

Reims... 130 km de la capitale… Depuis la fin du mois de septembre 1914, le front s’est stabilisé aux portes de la ville. Le saillant que forment la ville et la Montagne de Reims constitue un verrou que les Allemands entendent faire tomber pour atteindre Paris. Le fort de la Pompelle, situé au sud-est de Paris est le seul des sept forts entourant la ville à résister aux Allemands. Tout au long de la guerre, et notamment en 1918, de violents combats s’y déroulent. Mais la Pompelle résiste et protège Reims et Paris, grâce notamment aux hommes du 21e Régiment d’Infanterie Coloniale, sous la direction du général Mazillier. Cependant Reims est une ville retranchée. Les militaires et les batteries d’artillerie françaises y sont stationnés en nombre.

1914-1918… ANNÉES TERRIBLES

Parallèlement, de violents bombardements touchent la ville dès le mois de septembre 1914. La cathédrale de Reims subit les bombes allemandes le 19 septembre 1914. Incendiée, elle devient le symbole de la barbarie ennemie. En août 1916, c’est au tour de l’Hôtel-Dieu d’être détruit et en mai 1917, l’hôtel de ville de Reims disparaît dans un violent incendie. En janvier 1918, trente hectares sont en ruine. À partir de mars 1918, les destructions sont de plus en plus importantes, on ne répare plus les dégâts, les incendies ne sont plus éteints. Plus de 70 % des immeubles de la ville ont disparu ou sont profondément endommagés au sortir de la guerre.

Durant cette période, les Rémois s’habituent aux pilonnages. Ils se réfugient dans les caves lors des alertes, mais aussi pour les messes du dimanche. Certaines institutions s’installent dans les caves, comme les écoles, ainsi que la municipalité rémoise à partir de mai 1917, suite à l’incendie de la mairie. Quant à la vie  économique, elle ne disparaît pas et reste même garante du maintien de la population sur place. D’ailleurs, le commerce du champagne se poursuit durant toute la période, même si l’activité est ralentie.

L’ÉVACUATION DES CIVILS

En septembre 1914, un tiers des 120 000 habitants, est déjà parti au moment où arrivent les Allemands. En février 1915, 35 000 personnes sont encore à Reims, 25 000 en mars et 20 000 en juin 1916. Au printemps 1917, avec l’offensive Nivelle, le gouvernement demande l’évacuation de tous les habitants, notamment des femmes et des enfants et à l’automne 1917, il ne reste que 5 000 civils.

Beaucoup partent vers Épernay ou vers les départements proches (Aube, Haute-Marne, Yonne ou Côte-d’Or). Au début de l’année 1918, face au risque d’offensive allemande sur Reims, la pression s’accentue pour que les derniers civils soient évacués. Le gouvernement envisage également d’évacuer les marchandises, y compris les stocks de champagne, projet rapidement abandonné car il nécessite la mobilisation de plusieurs milliers de wagons.

Pour l’évacuation des civils, le personnel de la mairie remplit les ordres de départ à l’aide de la liste du recensement, la police étant chargée de les faire parvenir à leurs destinataires. Cependant beaucoup d’habitants refusent de partir. Le 25 février à 4 heures du matin, 600 Rémois sont convoqués mais seuls 80 répondent à l’appel. Pourtant, après la violente nuit du 28 février au 1er mars, ils se résignent et les départs s’accélèrent d’autant que les bombardements allemands s’intensifient et font des victimes civiles.

Le 5 mars, 2 000 habitants sont partis et le 25 mars 1918, l’évacuation des derniers civils est effective. Le maire, Jean-Baptiste Langlet, consent enfin à partir, à la condition que le cardinal Luçon quitte Reims en même temps que lui. Cependant, l’évacuation n’est pas totale. Une centaine de Rémois sont autorisés à rester pour la sauvegarde et l’entretien des caves de champagne.

Tous sont cependant évacués le 27 mai 1918, à la veille de l’offensive allemande sur Reims, qu’on a appelée la 2e bataille de la Marne.

JEAN-BAPTISTE LANGLET, un maire au front

Fervent républicain, Jean-Baptiste Langlet (1841- 1927) est né à Reims. Très tôt engagé dans la vie publique, il entre au conseil municipal en 1884, pour ne le quitter qu’en 1925. Élu député de 1889 à 1893, il s’installe alors à Paris. Revenu aux affaires rémoises, il devient maire en mai 1908. Choisi pour son caractère rassembleur, il s’investit pleinement dans son rôle bien qu’il mène en parallèle une carrière de médecin des hôpitaux et de directeur de l’école de médecine de Reims depuis 1906.

Très sensible aux questions sociales, son action politique est marquée dans ce domaine, ainsi que dans la protection des arts et du patrimoine rémois. Il est réélu en 1912 et affronte la tragédie de la première guerre mondiale. Face à l’avancée des troupes allemandes et à l’occupation de Reims du 3 au 12 septembre 1914, il donne l’exemple en demeurant à Reims et négocie avec l’occupant, dont il devient brièvement l’otage.

Durant quatre ans, Jean-Baptiste Langlet veille à la sécurité et au ravitaillement des Rémois qui ont choisi de rester, en dépit des bombardements. 

Opposé à l’idée de laisser la ville aux mains des militaires, il incarne le courage de ceux qui résistent, aux côtés du cardinal Luçon, l’archevêque de Reims. Il accueille dans les ruines de la ville de nombreuses personnalités françaises et étrangères, pour sensibiliser l’opinion publique au sort de la ville.

Même après la destruction de l’hôtel de ville en mai 1917, il poursuit sa tâche, installant ses bureaux et le conseil municipal dans les caves d’une maison de champagne située à proximité. Seule l’évacuation générale décrétée par l’État l’oblige à quitter Reims le 25 mars 1918.

Réfugié à Paris, il travaille à la reconstruction de Reims en consacrant à ce sujet une large part des deux conseils municipaux qui y ont lieu. Il rentre à Reims dès le 7 octobre 1918 et y prend la mesure des destructions des derniers mois. Bien que farouchement anticlérical, il prend fait et cause pour la restauration de la Cathédrale de Reims à l’issue de la guerre. Son mandat prend fin en décembre 1919 mais sa retraite n’est pas inactive. Devenu responsable du musée, il en organise la réouverture.

Il décède le 7 mars 1927, à l’âge de 85 ans.

L'immeuble du 9 avenue de l'Opéra à Paris

L'immeuble du 9 avenue de l'Opéra à Paris

L’INSTALLATION DE LA MAIRIE À PARIS

Alors que les administrations de l’État sont évacuées à Hautvillers, à côté d’Epernay, tout comme ll’archevêché de Reims, le gouvernement de Georges Clemenceau met à la disposition de la mairie de Reims le premier étage d’un immeuble situé au 19 avenue de l’Opéra, à l’angle de la rue des Pyramides, à Paris. Il s’agit d’un bien mis sous séquestre en 1914 car occupé jusqu’à la mobilisation par une société de chemin de fer autrichienne.

Le 12 mars 1918, les services municipaux sont avisés d’un ordre de départ imminent. Deux employés, Paul Hess (ancien directeur du mont-de-piété) et Cullier (chef de la comptabilité) partent les premiers le 14 mars. Le reste du personnel suit le 27 mars.

À Paris, tous les services rémois ne peuvent être installés avenue de l’Opéra. Beaucoup de services demeurent à d’autres adresses. Plusieurs maisons de champagne sont également relogées dans la capitale. Selon le conseiller municipal Guernier, « Paris et sa banlieue abritent presque la moitié de la population rémoise ».

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