Reims dans la guerre en 1916.

Créé en 1794 à partir de saisies effectuées par les révolutionnaires sur les biens des émigrés et des collectivités religieuses, le musée est d’abord installé à l’hôtel de ville. Par la suite, ses collections s’accroissent régulièrement. En particulier, en 1907, la ville se voit léguer l’exceptionnelle collection d’Henry Vasnier, dirigeant du champagne Pommery et illustre collectionneur d’art. Entre autres, des tableaux signés Corot, Courbet, Delacroix, Monet ou Pissarro, des sculptures de Rodin, des meubles et verreries de Gallé font leur entrée dans le patrimoine rémois. Pour mettre en valeur ce legs, la ville acquiert en 1908 les bâtiments de l’ancienne abbaye Saint-Denis située rue Chanzy qui avait abrité jusqu’à la séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 le grand séminaire de Reims. Après 5 ans de travaux, le nouveau Musée des beaux-arts est inauguré par le président de la République, Raymond Poincaré, le 19 octobre 1913. 

Le bâtiment est touché par un obus lors du premier bombardement que connaît Reims, le 4 septembre 1914. Outre des dégâts à l’immeuble, 7 tableaux sont détruits et 3 autres endommagés. Le maire de Reims, Jean-Baptiste Langlet, qui  s’intéresse de très près au Musée des beaux-arts (il en deviendra après la guerre le conservateur) fait mettre dès ce moment les collections à l’abri dans les caves de l’institution.

Mais le maire, qui entend le plus possible conserver un semblant de vie normale dans sa ville malgré les bombardements, se révèle très réticent à l’évacuation hors de Reims des collections du musée. Le Ministère des beaux-arts, conscient de cet état d’esprit et qui ne peut trop brutalement imposer ses vues à un musée de statut municipal, va cependant pousser à l’évacuation. Ainsi, le 28 novembre 1914, un inspecteur général des musées suggère-t-il au maire de mettre à l’abri les 50 ou 60 œuvres les plus précieuses du musée de la rue Chanzy. Cette première mission d’évacuation se fait sous la responsabilité du Rémois Paul Jamot, conservateur des peintures au Musée du Louvre et dont la personnalité rassure Jean-Baptiste Langlet. Ce dernier, du coup, ne repousse plus catégoriquement l’éventualité d’un départ général des œuvres du musée. Cependant, il faut attendre le printemps 1916 pour sa mise en œuvre. Le 1er mai 1916, 80 tableaux, convoyés par le gardien Polet, arrivent au Musée du Louvre.

Parmi eux on compte 23 Corot, 13 Cranach, 1 Delacroix et 6 Cazin. Le 21 mai, le même Polet repart pour le Louvre avec les toiles peintes des XVe et XVIe siècles qui n’avaient pu être évacuées le 1er mai en raison de la longueur insuffisante des camions utilisés ce jour-là (3,5 mètres alors que les toiles peintes en font 4,5). Mais à ce moment il reste encore un millier d’œuvres d’art d’inégale valeur dans les caves du musée où elles sont, certes, à l’abri des obus mais pas de l’humidité. Au début de 1917 les autorités rémoises sont toujours hésitantes sur la nécessité d’une évacuation totale du patrimoine artistique mais, le 21 mai 1917, le sous-secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts écrit à l’architecte rémois Max Sainsaulieu de préparer l’évacuation des œuvres du musée. Jean-Baptiste Langlet doit s’incliner devant la décision officielle. L’évacuation est assurée par l’entreprise parisienne G. Borgest, spécialisée dans le transport des objets d’art, l’autorité militaire fournissant la main d’œuvre de complément. L’essentiel des collections est évacué vers le Musée du Louvre qui enregistre en juillet et août 1917 l’arrivée d’une vingtaine de camions militaires et d’une voiture de déménagement venus de Reims. Quelques toiles de très grandes dimensions et des pastels fragiles, que Jean-Baptiste Langlet ne veut pas laisser partir, restent cependant à Reims. Ces pièces ne seront évacuées par les militaires qu’en janvier 1918. Enfin, quelques expéditions sont encore assurées, toujours par les militaires, après le 28 mars 1918, date de la fin de fonction de l’administration civile.

Toutes les pièces venues de Reims sont d’abord prises en charge au Louvre puis ventilées : certaines restent au Louvre ; d’autres sont stockées dans les sous-sols du Panthéon et à la Bibliothèque universitaire ; quelques-unes sont envoyées à Toulouse dans l’église des Jacobins. Le 2 février 1918, une bonne partie des pièces du Musée des beaux-arts de Reims est transférée au palais de Fontainebleau. Jean-Baptiste Langlet, toujours préoccupé par le sort des œuvres de son musée, y envoie le 2 juillet 1918 l’architecte rémois Ernest Kalas pour en faire un état sommaire.


 

Dernière mise à jour : 21 octobre 2022

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